LE CANADA VA-T-IL ALLER ENTRAINER L’ENNEMI EN AFGHANISTAN?

24 nov

Thomas Walkom, un chroniqueur du Toronto Star, signe un texte intéressant sur le nouveau mandat qu’auront les soldats canadiens à partir de juillet 2011 : l’entrainement des soldats de l’armée afghane.

Il se demande : Va-t-on entrainer et armer nos propres ennemis? Même l’OTAN ne peut pas répondre à cette question.

Le problème, c’est le taux de défection des nouveaux engagés. Selon l’OTAN, les forces de sécurité afghane seront rendues à 305 000 membres l’an prochain quand le Canada va commencer son nouveau mandat.

En fait, il y a tellement de recrues actuellement que l’OTAN a du mal à suffire à la tâche. Mais avec une paie de 165 dollars par mois (quand elles sont payées), le taux de rétention des recrues est très bas.

Mais où s’en vont-elles quand elles quittent les rangs de l’armée ou de la police? Ça, personne ne le sait vraiment.

Selon l’OTAN, on doit entrainer 23 recrues pour chaque tranche de 10 soldats de l’armée régulière. Les autres sont soit tuées, quittent ou désertent. En plus, 20% des soldats de l’armée régulière quittent après un an. Chez les policiers, c’est 25%.

En aout dernier, le responsable de l’entrainement des soldats afghans, le général américain William Caldwell, estimait que la moitié des policiers de l’unité de contre-insurrection, une unité d’élite, avait été soit quitté, soit déserté ou avait été tuée.

Le président afghan Hamid Karzaï blâme les agences de sécurité qui recrutent les meilleurs soldats en leur offrant de meilleurs salaires, mais la possibilité qu’on soit en train d’entrainer des soldats qui ensuite se tournent vers les Talibans reste la plus grande crainte de l’OTAN.

En juillet, un insurgé qui avait infiltré les rangs de l’armée a tué trois soldats britanniques. Quelques mois auparavant, un policier avait fait la même chose avec cinq soldats américains.

Au début novembre, sept des 16 agents d’un poste de police situé au sud-ouest de Kaboul ont joint les rangs des Talibans. Les neuf autres ont été tués.

Pour essayer de contrer le phénomène, l’OTAN essai de repérer les traitres en prenant leurs empreintes digitales et en prenant des photos de leur pupille pour les référencer. On demande aussi que chaque recrue ait une lettre de recommandation d’un dignitaire local.

Le problème, c’est que les dignitaires locaux sont souvent des seigneurs de guerre et que l’Afghanistan vit encore à l’ère du moyen âge. Donc, même en prenant des photos, il est difficile de confirmer que telle ou telle recrue est bel et bien qui elle prétend être.

Le New-York Times écrivait mardi que l’OTAN s’est fait avoir dans ses négociations de paix avec les insurgés. Les négociateurs croyaient avoir affaires avec un négociateur Taliban, mais en réalité, il s’agissait d’un imposteur.

L’OTAN était convaincue qu’elle négociait avec le Mullah Akhtar Muhammad Mansour, le numéro deux des Talibans. On l’a même transporté jusqu’à Kaboul pour négocier secrètement avec lui. On s’est finalement rendu compte qu’il ne s’agissait pas du tout de Mansour quand on lui a remis une importante somme d’argent et qu’il est ensuite disparu dans la nature.

Pourquoi l’OTAN s’est-elle fait avoir de cette façon? Simplement parce que personne ne connait le véritable visage de Mansour. Mais puisque personne ne peut le reconnaitre, il pourrait aussi bien être en train d’apprendre les techniques militaires de l’armée afghane dans un des camps d’entrainement de l’OTAN…

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